Mission à Bunkeya

Fermez les yeux. Vous roulez en jeep, en Land Cruiser, le seul modèle capable d’affronter le Congo sans tomber en pièces. Pendant des heures, voir des jours, vous roulez sur des routes qui ne méritent pas d’être appelées routes. Plus vous vous enfoncez, plus les véhicules deviennent rares. À un certain point ils disparaissent. Vous ne croisez plus que des vélos, des gens à pied. Vous rencontrez des paysans vendant leurs légumes, des femmes transportant de l’eau, des enfants demandant des bouteilles vides, des marchands de charbon de bois. Vous traversez des villages dépourvus de toutes infrastructures. Les maisons que vous croisez dépassent à peine le stade 1 de l’échelle architecturale des Trois petits cochons. Et dans un nuage de poussière, vous tombez face à face avec un monastère muré munis d’une chapelle monumentale et de tous ses bâtiments adjacents.

Chaque fois que je visite une nouvelle église de brousse, je me dis que ce n’est pas réel, que je dois rêver.

Les congrégations religieuses constituent souvent les seuls refuges pour les voyageurs de brousse. J’ai eu la chance d’en visiter quelques-unes déjà et chaque fois, je suis renversé de trouver de tels bâtiments dans ce qui me semblent être le milieu de nul part. On peut avec raison blâmer les Européens d’avoir pillé l’Afrique, mais ce qu’ils ont construit ici est totalement hallucinant. Avec les technologies du début du 20e siècle, en s’adaptant au matériaux disponibles sur place, ils érigeaient en quelques années des églises dignes des riches villes européennes. Ils ont su maitriser la brique de terre cuite pour ériger clochers, arches et hautes colonnes. Et ces colonnes tiennent encore. De peine et de misère, elles tiennent encore.

La saison des pluies exigeaient autrefois la construction d’un système sous-terrain d’évacuation de l’eau pour les lourds bâtiments construits sur le sable rouge du Katanga. Vous imaginez à quel point l’entretient de cette canalisation est cruciale afin d’éviter que les coins des structures s’enfoncent dans la terre boueuse et éventrent les constructions. Or, Mobutu préférait s’acheter des villas en Europe que d’entretenir les routes et églises de son pays qui tombait en ruine.

On m’explique que le système de canalisation de la chapelle de Bunkeya est foutu et que la cour intérieure se transforme en un véritable étang lors des fortes pluies. Que tout tombe en ruine ne me surprend pas. Terminée en 1933, je me considère chanceux de visiter ce couvent avant qu’il ne s’effondre et que l’on réutilise les briques pour construire des maisonnettes. La cour intérieure m’inspire beaucoup, la lumière est belle, j’explore les lieux avec mon jeune guide cueilleur de mangues qui me fait visiter le clocher et la chapelle.

Nous nous sommes rendus à Bunkeya pour inspecter la station de radio locale où nous installerons des panneaux solaires. L’abbé Alphonse (n’apparaît pas en photo), qui doit bien faire 350 livres en soutane, nous accueille dans ce qui reste du couvent. Je l’imagine prier Saint-André chaque soir pour ne pas recevoir 100 000 tonnes de terre cuite en pleine gueule pendant son sommeil. Dire que la chambre éclairée à la chandelle où j’ai passé la nuit était autrefois habitée par un vieux moine belge….. dommage qu’il ne m’est pas laissé un fût de bière dans la penderie.

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À Vélo pour Combattre le Viol, the official film!

Mon ami Guy Capals, le gestionnaire du projet À Vélo pour Combattre le Viol est rentré en Belgique pour quelques semaines. Il a pu emmener avec lui le vidéo que j’ai réalisé lors de la campagne et finalement le mettre en ligne. Il n’y a pas de mot pour dire comment que les internets suck ici, télécharger de la vidéo est totalement impossible. Pendant que vous y êtes, jetez un coup d’oeil à mes photos prises lors des projections nocturnes.

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J’aurais aimer filmer plus de débats, mais malheureusement les projections avaient lieux tard le soir et la lumière trop faible pour faire de la vidéo. De plus que le grondement du générateur rendait la prise de son pratiquement impossible.

Nous avons inclus les commentaires de quelques intervenants de l’atelier de Bukama. J’ai préféré les ateliers aux projections, où il y avait tellement d’enfants qu’il était impossible de garder le silence et avoir des débats en profondeur. Imaginez, vous avez pratiquement jamais vu de blancs et un soir, ils débarquent sur votre terrain de foot avec des vélos jaunes pour monter un ciné-parc. Lors des ateliers réservés aux adultes, nous avions le temps de débattre dans le calme et seul les leaders communautaires, les ONGs féminines et intellectuels étaient invités.

« Tu es un singe parmi nous »

« Si tu avais été sur là, il n’y aurait probablement pas eu de violence ». Les paroles de mon ami Douglas résonnent dans ma tête. Il m’indique qu’ici, seule la présence d’un blanc a le pouvoir de faire changer le comportement d’une foule, alors que les partis politiques s’efforcent de prouver au monde leur volonté de tenir des élections apaisées.

Il y a eu quelques affrontements samedi passé à la Kenya, le quartier le plus chaud en ville. Douglas, mon ami vidéaste, m’explique qu’à la vue d’un inconnu blanc tenant une caméra (i.e. moi) « un représentant de la « communauté internationale » » les militants auraient peut-être évité les combats par peur de donner une mauvaise image à leur parti respectif. Je m’étais promis d’éviter la Kenya pendant les élections, mais tout de même, ce que dit Douglas me fait réfléchir. Non seulement je réalise que les expatriés n’ont rien à craindre durant la chaude période électorale congolaise, mais aussi que notre présence a le pouvoir de modifier le courant des événements.

Des observateurs sont sur place et portent des de beaux t-shirts blancs de l’UE. Mais ils ne couvrent que les événements principaux et semblent ne jamais descendre dans la rue avec les congolais, là où les violences ont potentiellement lieux.

Bref, je n’étais pas à la Kenya lors des affrontements. Le jour d’avant, nous avons cependant couvert la cérémonie d’ouverture de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (l’Unafec) et le discours de son leader Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Kyungu est reconnu pour ses propos racistes et selon Douglas, il aurait évité certains commentaires haineux lors de son discours seulement à cause de ma présence. En effet, à part deux observateurs blancs passés le temps de prendre trois photos-cellulaire, j’étais le seul étranger sur place. « Tu es un singe parmis nous » me lance quelqu’un dans la foule.

Avec notre caméra visiblement meilleure que toutes celles des journalistes locaux, nous nous sommes attiré bien de l’attention. Bien que totalement dans le légal et blindés de contacts, nous avons dû justifier notre présence à maintes reprises.

Les élections congolaises sont un véritable cirque. Je vous rappelle que 644 candidats luttent pour une des 13 places disponibles pour la circonscription de Lubumbashi. C’est totalement absurde. Quelques jours de campagne électorale ont suffit pour métamorphoser le paysage urbain de la RDC. Les portraits des innombrables candidats tapissent les carrosseries d’automobiles et les murs des commerces. Des bruyantes parades de supporters déambulent les rues, des masses de chandails et casquettes à l’effigie des candidats sont distribuées.

En pleine couverture de la campagne électorale en compagnie du cinéastre Douglas.

Je fais de mon mieux pour couvrir la campagne, toujours accompagné de Douglas et Gulda, deux artistes vidéastes locaux. Douglas fait de la vidéo, du théâtre et du dessin animé. Gulda est photographe, acteur et réalisateur. Il est bien connu pour le film Le Boxeur aux Gants Rouges. Être un artiste en RDC signifie porter plusieurs chapeaux. Comme les opportunités sont rares, il fait être autodidacte et polyvalent.

Enfin, le but de cet article est de vous présenter un documentaire audio réalisé avant la période électorale. Il fut diffusé par CKUT et utilisé par JHR pour leur émission spéciale sur le Congo.

En deux mois, je n’ai pas beaucoup parlé de mes recherches sur le domaine minier. J’avance tranquillement, mais c’est un sujet tellement chaud que personne ne désire réellement contribuer, personne ne veut parler devant la caméra, aucune compagnie désire voir un blanc débarquer dans « leur » carrière avec une caméra. Je couvre les élections pour rester journalistiquement actif en attendant des papiers venant d’autorités unanimement chiantes. J’aime me dire, comme dans la fable du renard et du raisin, que c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver; les images que nous prenons ces jours-ci sont un rare témoignage d’une jeune démocratie en apprentissage du processus électoral.

Céline Superstar en RDC

Comme si la guerre, la corruption et le chômage n’étaient pas assez, il fallait que Céline Dion viennent s’ajouter à tous les maux qui affectent la République Démocratique du Congo. Dans un reportage qui fut diffusé lundi le 11 octobre sur les ondes de CISM pour l’émission Rodéo Tendresse, je tente de découvrir pourquoi la star québéco-étasunienne est si populaire au Katanga.

N’ayant pas pu voler des extraits de musique sur Youtube étant donné la lenteur de notre connexion, j’ai dû utiliser des cassettes de Céline achetées dans la rue et les écouter au complet pour trouver les extraits désirés. Si vous compatissez avec ma souffrance, partagez ce reportage avec vos amis.


 

Des cartes à jouer au thème du film Titanic, retrouvé dans le village de Kintobongo, 450 km au nord de Lubumbashi. Source: Jean-Philippe Marquis

Les amateurs de country peuvent aussi télécharger intégralement l’émission, qui est animé par Samuel Mercier et Pierre Lavoie.

De retour en ville

Jamais de ma vie je n’ai mangé autant de poussière et de sardines. Guy avait compté 1 boîte de sardine par personne par jour pour 15 personnes. Nous étions finalement 10 à participer au projet et avons mangé du poisson en canne à en suer l’huile. Nous sommes finalement de retour à Lubumbashi après 20 jours passés en brousse.

Hier soir avait lieu la soirée de clôture du projet À vélo pour combattre le viol, où nous avons fait un compte-rendu de notre campagne devant une soixantaine d’invités, pour la plupart membres d’ONGs et de médias congolais. J’ait également projeté durant la soirée un petit reportage vidéo de notre aventure qui sera disponible en ligne dès/si que je trouve une connexion Internet me le permettant. Ce petit vidéo commissionné par Guy a pris tout mon temps libre depuis que nous sommes sortis de la brousse, et c’est pourquoi j’ai négligé un peu ce blog.

Comme vous verrez bientôt la vidéo et que je compte aussi produire un petit documentaire audio bien détaillé, je ne m’éterniserai pas trop dans cet article, mais vous offrirai plutôt une sélection de photos prises par Sandra Nelles, celle qui a photographiquement mieux documenté la campagne. Participer au projet de Guy fût une excellente façon de débuter mon séjour dans ce pays qui demande un niveau très élevé d’adaptation, de patience, de débrouillardise, « d’amendes transactionnelles » d’Imodium et de Pristine. Je dois avouer que du Québec je doutais un peu de la pertinence du projet; l’image d’une bande de dudes blancs combattant le viol sur des vélos neufs me paraissait un peu déplacée. Notre équipe comprenait en fait quatre Congolais instruits qui connaissent le terrain, les coutumes et les langues locales, soit le Luba et le Swahili.

Marquis et Capals, missionnaires spéciaux déployés au Katanga pour combattre le viol à vélo. 😉 Souce: Sandra Nelles

J’ignorais aussi à quel point les communautés que nous allions visiter seraient dépourvues d’infrastructures et de moyens de communication. Il s’agissait d’une première campagne de sensibilisation de la sorte pour la région du Katanga, où la nouvelle loi congolaise de 2006 est encore mal connue. Donc en général, les autorités et le personnel médical furent satisfaits de la documentation et des références que nous leur avons apporté. Lors des ateliers et débats, on nous posa beaucoup de questions sur les différents types de viols catégorisés par la loi et on nous avoua être parfois témoins de certaines pratiques sans savoir qu’elles sont illégales.

Le point faible de notre campagne si je peux le dire ainsi est que le film Fighting the Silence fut tourné au nord-est du pays et concerne le viol en contexte de guerre, pratique endémique utilisée à l’époque par différents groupes armés comme tactiques d’invasion de territoires et de contrôle des populations. Le Katanga échappa plus ou moins aux conflits et les types de violences sexuelles rencontrés dans la région concernent plus les mariages forcés et/ou précoces et les agressions sexuelles à l’intérieure du mariage. Donc le film portait parfois à confusion, comme si l’on arrivait sans connaître la situation katangaise avec le message « heil vous-autres, arrêtez de violer, c’est pas cool ».

Vous écouterez mon documentaire audio pour plus de détails. Donc le projet de Guy étant derrière moi, je peux me concentrer sur mes propres trucs. Je compte rester quelques semaines à Lubumbashi avant de retourner à Luena, où je travaillerai avec l’équipe de journalistes de la radio OKA pour des formations en vidéo. Pour l’instant, quelques photos pour vous donner un avant goût de la brousse katangaise. Je rappelle que ces photos sont l’oeuvre de la photographe Belge Sandra Nelles, je la remercie sincèrement pour me permettre de publier ces clichés.

Papa Ngoy tétrissant 10 vélos, 13 passagers et leurs bagages, une centaine de bouteilles de Cola, eau et vivres dans nos deux jeeps. Source: Sandra Nelles

Traverser le tronçon Lubumbashi-Kolwezi de la Nationale 1A est semblable à inspirer le contenu du sac de votre aspirateur en la mettant sur « reverse ». L'important trafic de camions lourds sur cette route de terre sèche garde la poussière en suspension et tourmente la vie des villageois et voyageurs. Source: Sandra Nelles

En route vers Luena, entassé pendant 20 heures à l'arrière de la jeep. Source: Sandra Nelles

Source: Sandra Nelles

Les mots me manquent pour décrire l'état des routes congolaises. Nous avons rencontrés des nid-de-poules si terribles que nous avions parfois l'impression de disparaître sous terre. Source: Sandra Nelles

Pour nous déplacer de village en village, nous avons parcouru plus de 300 kilomètres de route sablonneuse et rocheuse. Source: Sandra Nelles

Une des quatre crevaisons rencontrées en route. Source: Sandra Nelles

Il arrivait de nous faire dépasser par des locaux lourdement chargés effectuant le voyage sans aucune eau à boire sur des bicyclettes en ruine. Il est inutile de le dire, il nous firent passer pour de réelles mauviettes. Source: Sandra Nelles

Notre première projection eut lieu à la ville administrative de Bukama en compagnie des autorités locales incluant le chef coutumier, le magistrat, le chef de police, personnel militaire, membre du clergé et le plus important, des membres d'une vingtaines d'associations féminines actives dans la société civile. Source: Sandra Nelles

Femmes activistes de Bukama. Source: Sandra Nelles

Chaque projection demandait une bonne dose d'improvisation logistique. Source: Sandra Nelles

Un homme prend le micro suite à la projection du documentaire. Source: Sandra Nelles

Préparant le souper tard en soirée. Au menu: patates frites à l'huile de palme, macaronis sauce tomate et sardines. Source: Sandra Nelles

Arrivée à L’shi

Une vague de chaleur intense me frappe dès que je mets les pieds hors de l’avion. Comme dans les films, nous descendons de l’appareil pour marcher directement sur l’asphalte de la piste d’atterrissage. Suivis des yeux par des soldats pénards à l’ombre, on me guide vers le minuscule aéroport de Lubumbashi, où passagers se bousculent pour éviter les douaniers, alors qu’un policier tente en vain de faire régner l’ordre. Une poignée de main ou un sourire suffit à ceux qui ont des connections pour s’épargner le contrôle de leur passeport.

Alors que je me demande comment j’ai abouti ici, j’entends mon nom crié haut et fort « Marquis, Marquis » avec un accent sur le « issss ». Il faut croire que mes connections ont des connections ici. Un homme noir de forte taille portant une chemise blanche trop ajustée me serre la main, ne la lâche pas et me guide alors que l’on étampe rapidement mon visa et qu’une infirmière consule mon carnet de vaccination… fièvre jaune oblige.

Mon contact inconnu m’arrache des mains le tag de mon bagage et m’assure qu’il retrouvera ce qui reste de mes possessions. Je voudrais bien l’aider à identifier mes affaires, mais il m’assure que c’est inutile. Cela signifie qu’il a dû consulter chaque tag de chaque valise à fur et mesure que les bagages sortaient de la soute!

Je rencontre alors Guy le belge, Lipopo staff de Kanyundu et Sandra qui est aussi belge, qui a fait le voyage spécialement pour participer au projet vélo de Guy. Alors que l’on fait connaissance autour d’un « sucré » (une boisson gazeuse), mon contact, qui m’est toujours inconnu, nous indique que tous les bagages sont dans la voiture. Je le remercie et il me quitte comme il m’est apparu. C’est totalement épuisé, l’estomac en Jello et avec rien d’autre au monde que deux Macbook Pro et mes Mefloquines que je suis finalement arrivé en République Démocratique du Congo.

Le lendemain eu lieu la conférence de presse organisée par Guy pour le lancement de son projet. Guy a organisé une campagne de sensibilisation à vélo ayant pour objectif de combattre la stigmatisation des victimes de violences sexuelles. Guy est un bike-geek qui a acheté une dizaine de Zambikes avec lesquels il espère coordonner plusieurs bike-projets, en commençant par cette première bike-expérimentation.

Nous visiteront pendant deux semaines sept villages situés en brousse katangaise pour animer discussion autour du film Fighting the Silence et informer la population de la nouvelles loi congolaise (2006) relative aux violences sexuelles. Nous avons d’ailleurs rencontré hier un avocat de la Monusco qui nous a expliqué en détail les crimes et peines que comporte la loi. Je reste quand même ignorant des multiples dimensions de cette triste réalité et ferai d’avantage parti du voyage en tant que journaliste qu’éducateur. Guy et les quatre congolais avec nous, Jolie, Maguy, César et Cyrille seront responsable d’animer les discussions.

Je profiterai du voyage pour explorer l’énorme terrain d’action de mon ONG et voir ce qui se brasse « côté creusage ». Je me suis aussi offert de réaliser un documentaire radio sur notre expédition. Mon matériel se trouve dans mes bagages perdus, mais c’est avec une énorme surprise que l’on a su me dénicher une extraordinaire enregistreuse Marantz, le même modèle utilisé par CBC Radio à Montréal.

Guy connait un pilote de brousse qui lui a des contacts à l’aéroport de Kinshasa, où « devraient » arriver aujourd’hui mes damnés bagages. Nous tenteront de graisser quelques pattes pour accélérer le transfert de mon sac vers Lubumbashi. Quoi qu’il arrive, nous partirons demain en jeep avec bagages et vélos vers Luena, où se trouve la station de radio opérée par Kanyundu. C’est là que nous nous mettrons en scelle. J’ai entendu dire que la route est d’une brutalité sans équivalence et qu’elle se transforme en rivière lors de la saison des pluies. Inutile de traîner mon jeu de Scrabble.

Je suis certain que cette randonnée à vélo sera super watatatow, mais je suis déjà impatient de débuter mes recherches et mon travail avec Kanyundu. Déjà après quelques jours passés ici, je peux sentir que le Congo est un pays en reconstruction, où le peuple à soif d’éducation et de justice et semble prêt à accueillir ceux désirant collaborer avec eux pour rebâtir ce que le colonialisme, la guerre et le capitalisme ont mis à terre.

On arrive tu?

Je profite de notre halte routière pour lancer ce blog, alors que le douanier investiguant notre véhicule me dévisage parce que j’ai une barbe et que son loup me renifle l’entre-jambe. Et oui, la connexion sans-fil-mais-avec-interférence de Adirondack Trailways me permettra de surfer jusqu’à New York. Je me demande s’il y a le les autobus voyageurs congolais le Wi-Fi à bord? Car si je me rends aux États Unis, ce n’est bien que pour sauter à bord de la première avion d’une série de quatre qui devraient m’amener d’ici deux jours à Lubumbashi, dans le sud-est de la RDC. Je me considère chanceux d’être ici présentement, alors que hier matin, l’ambassade du Congo à Ottawa me disait qu’ils avaient perdu mon passeport et la fille du Greyhound me disait que tous les voyages en direction des États Unis était annulés à cause d’Irène. C’est avec le sourire en coin que j’ai donc passé ma dernière journée à courir taxi et visa dans ma capitale bien aimée.

Malgré la cafetière vide et l’air conditionné à off, l’ambassade du Congo reste un bureau assez sympathique et pendant que l’on complétait mon application, j’ai pu suivre le US Open sur un téléviseur tellement grand que le HD distortionnait. En plus du ciné-parc, le drapeau du pays et quelques peintures à saveur africaine, les portraits de personnages ayant marqué l’histoire du Congo décoraient la pièce. Je m’amuse à me les remémorer:

Diégo Caô (1450-1486) Explorateur portugais ayant découvert l’ambouchure du fleuve Congo.

David Livingstone (1813-1873) Explorateur et missionnaire écossais

Tippu Tip (1837-1905) Célèbre marchant d’esclaves

Henry Morton Stanley (1841-1904) Journaliste et explorateur anglais

Léopold II (1835-1909) Deuxième roi des Belges

Albert 1er (1874-1934) Troisième roi des Belges

Léopold III (1901-1983) Quatrième roi des Belges

Baudoin (1930-1993) Cinquième roi des Belges

Patrice Lumumba (1925-1961) Premier Premier ministre de la RDC

Mobutu (1930-1997) Premier président de la RDC/Zaïre

Laurent Désiré Kabila (1939-2001) Deuxième président de la RDC

Joseph Kabila (1971-) Troisième et actuel président de la RDC.

Il est étrange de voir côte à côte ces hommes de différentes vocations et époques. Ils ont certes influencé l’histoire du Congo, mais que ce fut en bien ou en mal, l’ambassade ne nous le dit pas. Seul Patrice Lubumba et Laurent Désiré Kabila portaient la mention de « héro national ». Tous ces noms reviendront dans des articles futurs.

On me remis finalement mon passeport et s’excusa de m’avoir fait venir à Ottawa. Pressé de partir, ce n’est que de retour à Montréal que je m’aperçu que mon visa indiquait la mauvaise date d’échéance. Je suis prêt à parier que cette faute de frappe m’entraînera des ennuis dans le futur, je vous en redonne des nouvelles. Pour un visa de $500 qui nécessite une lettre de référence, une lettre d’invitation, une lettre de la banque, une copie des billets d’avion et qui n’est pas livré à temps, disons qu’il soit erroné me déçoit un peu.

Il était tout de même possible à 100 000 autres personnes ainsi qu’à moi-même de prendre l’autobus ce matin en direction de la grosse pomme pourrie. Nous sommes maintenant aux lignes depuis plus de quatre heures. Contrairement aux personnes de couleur voyageant avec moi, on ne m’a posé aucune questions. La prochaine fois, j’apporte quelques poissons tropicaux, question que l’on me garde en halène un peu. J’ai vraiment l’impression d’avoir attendu pour rien. Dehors un homme au dos courbé ramasse mégots de cigarette et minuscule papiers à l’aide d’une pince à long manche. Je suis certain qu’il n’est pas malade mental pour de vrai. Il doit travailler pour un groupe mafieux quelconque, à passer des trucs de part et d’autre de la frontière. Un vrai pro.

J’ai besoin de faire une sieste, la route est encore longue. Maintenant que j’ai en main ce qui ressemble à un visa et que je suis assuré d’être à l’heure demain pour mon vol, je peux relaxer. Je serai sous peu en pleine brousse à suer ma vie.

Avec des élections prévues en novembre, la situation en RDC s’annonce extrêmement intéressante pour les prochains mois. Le Congo est plus de deux fois la taille de la France, partage ses frontières avec neuf autres pays et sa situation socio-économique influence l’Afrique subsaharienne au complet. Je suis persuadé que plusieurs journalistes ou chercheurs passionnés de l’Afrique rêveraient de se rendre au Congo pour y effectuer des recherches, mais n’en auront jamais l’opportunité. En tant que journaliste sans grande expérience, je me trouve extrêmement choyé et remercie l’Université Concordia et les professeurs du département pour leur support dans ce projet.

D’autant que les autorités et les speudo-autorités me laisseront utiliser mes gadgets électronique, je promet de publier le plus de matériel multimédia possible. Je tenterai aussi de tenir à jour la version anglaise de ce site que vous pouvez consulter pour des sources d’information supplémentaires. Commentaires et questions seront toujours les bienvenus, n’hésitez surtout pas.

J’espère trouver le temps et la force de bloguer le plus possible durant les six mois (de septembre à novembre, comme l’indique mon visa) que je serai au Congo. J’écrirai mes articles sans prétention, sans nécessairement rester dans la trame sérieuse du journaliste professionnel. Sans rien inventer et toujours confirmer mes faits, je compte publier émotions et jugements, utiliser l’ironie et l’humour comme moyens narratifs. À ne vouloir écrire que des articles longuement recherchés et peaufinés, j’ai bien peur de pas écrire très fréquemment et voir même arrêter d’écrire. Je délaisserai donc parfois mes lunettes d’anthropologue ou de journaliste, pour prendre celle du voyageur ignorant. Car au pays du cuivre, je ne resterai avant tout qu’un touriste blanc et gras.