On arrive tu?

Je profite de notre halte routière pour lancer ce blog, alors que le douanier investiguant notre véhicule me dévisage parce que j’ai une barbe et que son loup me renifle l’entre-jambe. Et oui, la connexion sans-fil-mais-avec-interférence de Adirondack Trailways me permettra de surfer jusqu’à New York. Je me demande s’il y a le les autobus voyageurs congolais le Wi-Fi à bord? Car si je me rends aux États Unis, ce n’est bien que pour sauter à bord de la première avion d’une série de quatre qui devraient m’amener d’ici deux jours à Lubumbashi, dans le sud-est de la RDC. Je me considère chanceux d’être ici présentement, alors que hier matin, l’ambassade du Congo à Ottawa me disait qu’ils avaient perdu mon passeport et la fille du Greyhound me disait que tous les voyages en direction des États Unis était annulés à cause d’Irène. C’est avec le sourire en coin que j’ai donc passé ma dernière journée à courir taxi et visa dans ma capitale bien aimée.

Malgré la cafetière vide et l’air conditionné à off, l’ambassade du Congo reste un bureau assez sympathique et pendant que l’on complétait mon application, j’ai pu suivre le US Open sur un téléviseur tellement grand que le HD distortionnait. En plus du ciné-parc, le drapeau du pays et quelques peintures à saveur africaine, les portraits de personnages ayant marqué l’histoire du Congo décoraient la pièce. Je m’amuse à me les remémorer:

Diégo Caô (1450-1486) Explorateur portugais ayant découvert l’ambouchure du fleuve Congo.

David Livingstone (1813-1873) Explorateur et missionnaire écossais

Tippu Tip (1837-1905) Célèbre marchant d’esclaves

Henry Morton Stanley (1841-1904) Journaliste et explorateur anglais

Léopold II (1835-1909) Deuxième roi des Belges

Albert 1er (1874-1934) Troisième roi des Belges

Léopold III (1901-1983) Quatrième roi des Belges

Baudoin (1930-1993) Cinquième roi des Belges

Patrice Lumumba (1925-1961) Premier Premier ministre de la RDC

Mobutu (1930-1997) Premier président de la RDC/Zaïre

Laurent Désiré Kabila (1939-2001) Deuxième président de la RDC

Joseph Kabila (1971-) Troisième et actuel président de la RDC.

Il est étrange de voir côte à côte ces hommes de différentes vocations et époques. Ils ont certes influencé l’histoire du Congo, mais que ce fut en bien ou en mal, l’ambassade ne nous le dit pas. Seul Patrice Lubumba et Laurent Désiré Kabila portaient la mention de « héro national ». Tous ces noms reviendront dans des articles futurs.

On me remis finalement mon passeport et s’excusa de m’avoir fait venir à Ottawa. Pressé de partir, ce n’est que de retour à Montréal que je m’aperçu que mon visa indiquait la mauvaise date d’échéance. Je suis prêt à parier que cette faute de frappe m’entraînera des ennuis dans le futur, je vous en redonne des nouvelles. Pour un visa de $500 qui nécessite une lettre de référence, une lettre d’invitation, une lettre de la banque, une copie des billets d’avion et qui n’est pas livré à temps, disons qu’il soit erroné me déçoit un peu.

Il était tout de même possible à 100 000 autres personnes ainsi qu’à moi-même de prendre l’autobus ce matin en direction de la grosse pomme pourrie. Nous sommes maintenant aux lignes depuis plus de quatre heures. Contrairement aux personnes de couleur voyageant avec moi, on ne m’a posé aucune questions. La prochaine fois, j’apporte quelques poissons tropicaux, question que l’on me garde en halène un peu. J’ai vraiment l’impression d’avoir attendu pour rien. Dehors un homme au dos courbé ramasse mégots de cigarette et minuscule papiers à l’aide d’une pince à long manche. Je suis certain qu’il n’est pas malade mental pour de vrai. Il doit travailler pour un groupe mafieux quelconque, à passer des trucs de part et d’autre de la frontière. Un vrai pro.

J’ai besoin de faire une sieste, la route est encore longue. Maintenant que j’ai en main ce qui ressemble à un visa et que je suis assuré d’être à l’heure demain pour mon vol, je peux relaxer. Je serai sous peu en pleine brousse à suer ma vie.

Avec des élections prévues en novembre, la situation en RDC s’annonce extrêmement intéressante pour les prochains mois. Le Congo est plus de deux fois la taille de la France, partage ses frontières avec neuf autres pays et sa situation socio-économique influence l’Afrique subsaharienne au complet. Je suis persuadé que plusieurs journalistes ou chercheurs passionnés de l’Afrique rêveraient de se rendre au Congo pour y effectuer des recherches, mais n’en auront jamais l’opportunité. En tant que journaliste sans grande expérience, je me trouve extrêmement choyé et remercie l’Université Concordia et les professeurs du département pour leur support dans ce projet.

D’autant que les autorités et les speudo-autorités me laisseront utiliser mes gadgets électronique, je promet de publier le plus de matériel multimédia possible. Je tenterai aussi de tenir à jour la version anglaise de ce site que vous pouvez consulter pour des sources d’information supplémentaires. Commentaires et questions seront toujours les bienvenus, n’hésitez surtout pas.

J’espère trouver le temps et la force de bloguer le plus possible durant les six mois (de septembre à novembre, comme l’indique mon visa) que je serai au Congo. J’écrirai mes articles sans prétention, sans nécessairement rester dans la trame sérieuse du journaliste professionnel. Sans rien inventer et toujours confirmer mes faits, je compte publier émotions et jugements, utiliser l’ironie et l’humour comme moyens narratifs. À ne vouloir écrire que des articles longuement recherchés et peaufinés, j’ai bien peur de pas écrire très fréquemment et voir même arrêter d’écrire. Je délaisserai donc parfois mes lunettes d’anthropologue ou de journaliste, pour prendre celle du voyageur ignorant. Car au pays du cuivre, je ne resterai avant tout qu’un touriste blanc et gras.