Arrivée à L’shi

Une vague de chaleur intense me frappe dès que je mets les pieds hors de l’avion. Comme dans les films, nous descendons de l’appareil pour marcher directement sur l’asphalte de la piste d’atterrissage. Suivis des yeux par des soldats pénards à l’ombre, on me guide vers le minuscule aéroport de Lubumbashi, où passagers se bousculent pour éviter les douaniers, alors qu’un policier tente en vain de faire régner l’ordre. Une poignée de main ou un sourire suffit à ceux qui ont des connections pour s’épargner le contrôle de leur passeport.

Alors que je me demande comment j’ai abouti ici, j’entends mon nom crié haut et fort « Marquis, Marquis » avec un accent sur le « issss ». Il faut croire que mes connections ont des connections ici. Un homme noir de forte taille portant une chemise blanche trop ajustée me serre la main, ne la lâche pas et me guide alors que l’on étampe rapidement mon visa et qu’une infirmière consule mon carnet de vaccination… fièvre jaune oblige.

Mon contact inconnu m’arrache des mains le tag de mon bagage et m’assure qu’il retrouvera ce qui reste de mes possessions. Je voudrais bien l’aider à identifier mes affaires, mais il m’assure que c’est inutile. Cela signifie qu’il a dû consulter chaque tag de chaque valise à fur et mesure que les bagages sortaient de la soute!

Je rencontre alors Guy le belge, Lipopo staff de Kanyundu et Sandra qui est aussi belge, qui a fait le voyage spécialement pour participer au projet vélo de Guy. Alors que l’on fait connaissance autour d’un « sucré » (une boisson gazeuse), mon contact, qui m’est toujours inconnu, nous indique que tous les bagages sont dans la voiture. Je le remercie et il me quitte comme il m’est apparu. C’est totalement épuisé, l’estomac en Jello et avec rien d’autre au monde que deux Macbook Pro et mes Mefloquines que je suis finalement arrivé en République Démocratique du Congo.

Le lendemain eu lieu la conférence de presse organisée par Guy pour le lancement de son projet. Guy a organisé une campagne de sensibilisation à vélo ayant pour objectif de combattre la stigmatisation des victimes de violences sexuelles. Guy est un bike-geek qui a acheté une dizaine de Zambikes avec lesquels il espère coordonner plusieurs bike-projets, en commençant par cette première bike-expérimentation.

Nous visiteront pendant deux semaines sept villages situés en brousse katangaise pour animer discussion autour du film Fighting the Silence et informer la population de la nouvelles loi congolaise (2006) relative aux violences sexuelles. Nous avons d’ailleurs rencontré hier un avocat de la Monusco qui nous a expliqué en détail les crimes et peines que comporte la loi. Je reste quand même ignorant des multiples dimensions de cette triste réalité et ferai d’avantage parti du voyage en tant que journaliste qu’éducateur. Guy et les quatre congolais avec nous, Jolie, Maguy, César et Cyrille seront responsable d’animer les discussions.

Je profiterai du voyage pour explorer l’énorme terrain d’action de mon ONG et voir ce qui se brasse « côté creusage ». Je me suis aussi offert de réaliser un documentaire radio sur notre expédition. Mon matériel se trouve dans mes bagages perdus, mais c’est avec une énorme surprise que l’on a su me dénicher une extraordinaire enregistreuse Marantz, le même modèle utilisé par CBC Radio à Montréal.

Guy connait un pilote de brousse qui lui a des contacts à l’aéroport de Kinshasa, où « devraient » arriver aujourd’hui mes damnés bagages. Nous tenteront de graisser quelques pattes pour accélérer le transfert de mon sac vers Lubumbashi. Quoi qu’il arrive, nous partirons demain en jeep avec bagages et vélos vers Luena, où se trouve la station de radio opérée par Kanyundu. C’est là que nous nous mettrons en scelle. J’ai entendu dire que la route est d’une brutalité sans équivalence et qu’elle se transforme en rivière lors de la saison des pluies. Inutile de traîner mon jeu de Scrabble.

Je suis certain que cette randonnée à vélo sera super watatatow, mais je suis déjà impatient de débuter mes recherches et mon travail avec Kanyundu. Déjà après quelques jours passés ici, je peux sentir que le Congo est un pays en reconstruction, où le peuple à soif d’éducation et de justice et semble prêt à accueillir ceux désirant collaborer avec eux pour rebâtir ce que le colonialisme, la guerre et le capitalisme ont mis à terre.

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