De retour en ville

Jamais de ma vie je n’ai mangé autant de poussière et de sardines. Guy avait compté 1 boîte de sardine par personne par jour pour 15 personnes. Nous étions finalement 10 à participer au projet et avons mangé du poisson en canne à en suer l’huile. Nous sommes finalement de retour à Lubumbashi après 20 jours passés en brousse.

Hier soir avait lieu la soirée de clôture du projet À vélo pour combattre le viol, où nous avons fait un compte-rendu de notre campagne devant une soixantaine d’invités, pour la plupart membres d’ONGs et de médias congolais. J’ait également projeté durant la soirée un petit reportage vidéo de notre aventure qui sera disponible en ligne dès/si que je trouve une connexion Internet me le permettant. Ce petit vidéo commissionné par Guy a pris tout mon temps libre depuis que nous sommes sortis de la brousse, et c’est pourquoi j’ai négligé un peu ce blog.

Comme vous verrez bientôt la vidéo et que je compte aussi produire un petit documentaire audio bien détaillé, je ne m’éterniserai pas trop dans cet article, mais vous offrirai plutôt une sélection de photos prises par Sandra Nelles, celle qui a photographiquement mieux documenté la campagne. Participer au projet de Guy fût une excellente façon de débuter mon séjour dans ce pays qui demande un niveau très élevé d’adaptation, de patience, de débrouillardise, « d’amendes transactionnelles » d’Imodium et de Pristine. Je dois avouer que du Québec je doutais un peu de la pertinence du projet; l’image d’une bande de dudes blancs combattant le viol sur des vélos neufs me paraissait un peu déplacée. Notre équipe comprenait en fait quatre Congolais instruits qui connaissent le terrain, les coutumes et les langues locales, soit le Luba et le Swahili.

Marquis et Capals, missionnaires spéciaux déployés au Katanga pour combattre le viol à vélo. 😉 Souce: Sandra Nelles

J’ignorais aussi à quel point les communautés que nous allions visiter seraient dépourvues d’infrastructures et de moyens de communication. Il s’agissait d’une première campagne de sensibilisation de la sorte pour la région du Katanga, où la nouvelle loi congolaise de 2006 est encore mal connue. Donc en général, les autorités et le personnel médical furent satisfaits de la documentation et des références que nous leur avons apporté. Lors des ateliers et débats, on nous posa beaucoup de questions sur les différents types de viols catégorisés par la loi et on nous avoua être parfois témoins de certaines pratiques sans savoir qu’elles sont illégales.

Le point faible de notre campagne si je peux le dire ainsi est que le film Fighting the Silence fut tourné au nord-est du pays et concerne le viol en contexte de guerre, pratique endémique utilisée à l’époque par différents groupes armés comme tactiques d’invasion de territoires et de contrôle des populations. Le Katanga échappa plus ou moins aux conflits et les types de violences sexuelles rencontrés dans la région concernent plus les mariages forcés et/ou précoces et les agressions sexuelles à l’intérieure du mariage. Donc le film portait parfois à confusion, comme si l’on arrivait sans connaître la situation katangaise avec le message « heil vous-autres, arrêtez de violer, c’est pas cool ».

Vous écouterez mon documentaire audio pour plus de détails. Donc le projet de Guy étant derrière moi, je peux me concentrer sur mes propres trucs. Je compte rester quelques semaines à Lubumbashi avant de retourner à Luena, où je travaillerai avec l’équipe de journalistes de la radio OKA pour des formations en vidéo. Pour l’instant, quelques photos pour vous donner un avant goût de la brousse katangaise. Je rappelle que ces photos sont l’oeuvre de la photographe Belge Sandra Nelles, je la remercie sincèrement pour me permettre de publier ces clichés.

Papa Ngoy tétrissant 10 vélos, 13 passagers et leurs bagages, une centaine de bouteilles de Cola, eau et vivres dans nos deux jeeps. Source: Sandra Nelles

Traverser le tronçon Lubumbashi-Kolwezi de la Nationale 1A est semblable à inspirer le contenu du sac de votre aspirateur en la mettant sur « reverse ». L'important trafic de camions lourds sur cette route de terre sèche garde la poussière en suspension et tourmente la vie des villageois et voyageurs. Source: Sandra Nelles

En route vers Luena, entassé pendant 20 heures à l'arrière de la jeep. Source: Sandra Nelles

Source: Sandra Nelles

Les mots me manquent pour décrire l'état des routes congolaises. Nous avons rencontrés des nid-de-poules si terribles que nous avions parfois l'impression de disparaître sous terre. Source: Sandra Nelles

Pour nous déplacer de village en village, nous avons parcouru plus de 300 kilomètres de route sablonneuse et rocheuse. Source: Sandra Nelles

Une des quatre crevaisons rencontrées en route. Source: Sandra Nelles

Il arrivait de nous faire dépasser par des locaux lourdement chargés effectuant le voyage sans aucune eau à boire sur des bicyclettes en ruine. Il est inutile de le dire, il nous firent passer pour de réelles mauviettes. Source: Sandra Nelles

Notre première projection eut lieu à la ville administrative de Bukama en compagnie des autorités locales incluant le chef coutumier, le magistrat, le chef de police, personnel militaire, membre du clergé et le plus important, des membres d'une vingtaines d'associations féminines actives dans la société civile. Source: Sandra Nelles

Femmes activistes de Bukama. Source: Sandra Nelles

Chaque projection demandait une bonne dose d'improvisation logistique. Source: Sandra Nelles

Un homme prend le micro suite à la projection du documentaire. Source: Sandra Nelles

Préparant le souper tard en soirée. Au menu: patates frites à l'huile de palme, macaronis sauce tomate et sardines. Source: Sandra Nelles