« Tu es un singe parmi nous »

« Si tu avais été sur là, il n’y aurait probablement pas eu de violence ». Les paroles de mon ami Douglas résonnent dans ma tête. Il m’indique qu’ici, seule la présence d’un blanc a le pouvoir de faire changer le comportement d’une foule, alors que les partis politiques s’efforcent de prouver au monde leur volonté de tenir des élections apaisées.

Il y a eu quelques affrontements samedi passé à la Kenya, le quartier le plus chaud en ville. Douglas, mon ami vidéaste, m’explique qu’à la vue d’un inconnu blanc tenant une caméra (i.e. moi) « un représentant de la « communauté internationale » » les militants auraient peut-être évité les combats par peur de donner une mauvaise image à leur parti respectif. Je m’étais promis d’éviter la Kenya pendant les élections, mais tout de même, ce que dit Douglas me fait réfléchir. Non seulement je réalise que les expatriés n’ont rien à craindre durant la chaude période électorale congolaise, mais aussi que notre présence a le pouvoir de modifier le courant des événements.

Des observateurs sont sur place et portent des de beaux t-shirts blancs de l’UE. Mais ils ne couvrent que les événements principaux et semblent ne jamais descendre dans la rue avec les congolais, là où les violences ont potentiellement lieux.

Bref, je n’étais pas à la Kenya lors des affrontements. Le jour d’avant, nous avons cependant couvert la cérémonie d’ouverture de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (l’Unafec) et le discours de son leader Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Kyungu est reconnu pour ses propos racistes et selon Douglas, il aurait évité certains commentaires haineux lors de son discours seulement à cause de ma présence. En effet, à part deux observateurs blancs passés le temps de prendre trois photos-cellulaire, j’étais le seul étranger sur place. « Tu es un singe parmis nous » me lance quelqu’un dans la foule.

Avec notre caméra visiblement meilleure que toutes celles des journalistes locaux, nous nous sommes attiré bien de l’attention. Bien que totalement dans le légal et blindés de contacts, nous avons dû justifier notre présence à maintes reprises.

Les élections congolaises sont un véritable cirque. Je vous rappelle que 644 candidats luttent pour une des 13 places disponibles pour la circonscription de Lubumbashi. C’est totalement absurde. Quelques jours de campagne électorale ont suffit pour métamorphoser le paysage urbain de la RDC. Les portraits des innombrables candidats tapissent les carrosseries d’automobiles et les murs des commerces. Des bruyantes parades de supporters déambulent les rues, des masses de chandails et casquettes à l’effigie des candidats sont distribuées.

En pleine couverture de la campagne électorale en compagnie du cinéastre Douglas.

Je fais de mon mieux pour couvrir la campagne, toujours accompagné de Douglas et Gulda, deux artistes vidéastes locaux. Douglas fait de la vidéo, du théâtre et du dessin animé. Gulda est photographe, acteur et réalisateur. Il est bien connu pour le film Le Boxeur aux Gants Rouges. Être un artiste en RDC signifie porter plusieurs chapeaux. Comme les opportunités sont rares, il fait être autodidacte et polyvalent.

Enfin, le but de cet article est de vous présenter un documentaire audio réalisé avant la période électorale. Il fut diffusé par CKUT et utilisé par JHR pour leur émission spéciale sur le Congo.

En deux mois, je n’ai pas beaucoup parlé de mes recherches sur le domaine minier. J’avance tranquillement, mais c’est un sujet tellement chaud que personne ne désire réellement contribuer, personne ne veut parler devant la caméra, aucune compagnie désire voir un blanc débarquer dans « leur » carrière avec une caméra. Je couvre les élections pour rester journalistiquement actif en attendant des papiers venant d’autorités unanimement chiantes. J’aime me dire, comme dans la fable du renard et du raisin, que c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver; les images que nous prenons ces jours-ci sont un rare témoignage d’une jeune démocratie en apprentissage du processus électoral.