Mission à Bunkeya

Fermez les yeux. Vous roulez en jeep, en Land Cruiser, le seul modèle capable d’affronter le Congo sans tomber en pièces. Pendant des heures, voir des jours, vous roulez sur des routes qui ne méritent pas d’être appelées routes. Plus vous vous enfoncez, plus les véhicules deviennent rares. À un certain point ils disparaissent. Vous ne croisez plus que des vélos, des gens à pied. Vous rencontrez des paysans vendant leurs légumes, des femmes transportant de l’eau, des enfants demandant des bouteilles vides, des marchands de charbon de bois. Vous traversez des villages dépourvus de toutes infrastructures. Les maisons que vous croisez dépassent à peine le stade 1 de l’échelle architecturale des Trois petits cochons. Et dans un nuage de poussière, vous tombez face à face avec un monastère muré munis d’une chapelle monumentale et de tous ses bâtiments adjacents.

Chaque fois que je visite une nouvelle église de brousse, je me dis que ce n’est pas réel, que je dois rêver.

Les congrégations religieuses constituent souvent les seuls refuges pour les voyageurs de brousse. J’ai eu la chance d’en visiter quelques-unes déjà et chaque fois, je suis renversé de trouver de tels bâtiments dans ce qui me semblent être le milieu de nul part. On peut avec raison blâmer les Européens d’avoir pillé l’Afrique, mais ce qu’ils ont construit ici est totalement hallucinant. Avec les technologies du début du 20e siècle, en s’adaptant au matériaux disponibles sur place, ils érigeaient en quelques années des églises dignes des riches villes européennes. Ils ont su maitriser la brique de terre cuite pour ériger clochers, arches et hautes colonnes. Et ces colonnes tiennent encore. De peine et de misère, elles tiennent encore.

La saison des pluies exigeaient autrefois la construction d’un système sous-terrain d’évacuation de l’eau pour les lourds bâtiments construits sur le sable rouge du Katanga. Vous imaginez à quel point l’entretient de cette canalisation est cruciale afin d’éviter que les coins des structures s’enfoncent dans la terre boueuse et éventrent les constructions. Or, Mobutu préférait s’acheter des villas en Europe que d’entretenir les routes et églises de son pays qui tombait en ruine.

On m’explique que le système de canalisation de la chapelle de Bunkeya est foutu et que la cour intérieure se transforme en un véritable étang lors des fortes pluies. Que tout tombe en ruine ne me surprend pas. Terminée en 1933, je me considère chanceux de visiter ce couvent avant qu’il ne s’effondre et que l’on réutilise les briques pour construire des maisonnettes. La cour intérieure m’inspire beaucoup, la lumière est belle, j’explore les lieux avec mon jeune guide cueilleur de mangues qui me fait visiter le clocher et la chapelle.

Nous nous sommes rendus à Bunkeya pour inspecter la station de radio locale où nous installerons des panneaux solaires. L’abbé Alphonse (n’apparaît pas en photo), qui doit bien faire 350 livres en soutane, nous accueille dans ce qui reste du couvent. Je l’imagine prier Saint-André chaque soir pour ne pas recevoir 100 000 tonnes de terre cuite en pleine gueule pendant son sommeil. Dire que la chambre éclairée à la chandelle où j’ai passé la nuit était autrefois habitée par un vieux moine belge….. dommage qu’il ne m’est pas laissé un fût de bière dans la penderie.

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À Vélo pour Combattre le Viol, the official film!

Mon ami Guy Capals, le gestionnaire du projet À Vélo pour Combattre le Viol est rentré en Belgique pour quelques semaines. Il a pu emmener avec lui le vidéo que j’ai réalisé lors de la campagne et finalement le mettre en ligne. Il n’y a pas de mot pour dire comment que les internets suck ici, télécharger de la vidéo est totalement impossible. Pendant que vous y êtes, jetez un coup d’oeil à mes photos prises lors des projections nocturnes.

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J’aurais aimer filmer plus de débats, mais malheureusement les projections avaient lieux tard le soir et la lumière trop faible pour faire de la vidéo. De plus que le grondement du générateur rendait la prise de son pratiquement impossible.

Nous avons inclus les commentaires de quelques intervenants de l’atelier de Bukama. J’ai préféré les ateliers aux projections, où il y avait tellement d’enfants qu’il était impossible de garder le silence et avoir des débats en profondeur. Imaginez, vous avez pratiquement jamais vu de blancs et un soir, ils débarquent sur votre terrain de foot avec des vélos jaunes pour monter un ciné-parc. Lors des ateliers réservés aux adultes, nous avions le temps de débattre dans le calme et seul les leaders communautaires, les ONGs féminines et intellectuels étaient invités.

De retour en ville

Jamais de ma vie je n’ai mangé autant de poussière et de sardines. Guy avait compté 1 boîte de sardine par personne par jour pour 15 personnes. Nous étions finalement 10 à participer au projet et avons mangé du poisson en canne à en suer l’huile. Nous sommes finalement de retour à Lubumbashi après 20 jours passés en brousse.

Hier soir avait lieu la soirée de clôture du projet À vélo pour combattre le viol, où nous avons fait un compte-rendu de notre campagne devant une soixantaine d’invités, pour la plupart membres d’ONGs et de médias congolais. J’ait également projeté durant la soirée un petit reportage vidéo de notre aventure qui sera disponible en ligne dès/si que je trouve une connexion Internet me le permettant. Ce petit vidéo commissionné par Guy a pris tout mon temps libre depuis que nous sommes sortis de la brousse, et c’est pourquoi j’ai négligé un peu ce blog.

Comme vous verrez bientôt la vidéo et que je compte aussi produire un petit documentaire audio bien détaillé, je ne m’éterniserai pas trop dans cet article, mais vous offrirai plutôt une sélection de photos prises par Sandra Nelles, celle qui a photographiquement mieux documenté la campagne. Participer au projet de Guy fût une excellente façon de débuter mon séjour dans ce pays qui demande un niveau très élevé d’adaptation, de patience, de débrouillardise, « d’amendes transactionnelles » d’Imodium et de Pristine. Je dois avouer que du Québec je doutais un peu de la pertinence du projet; l’image d’une bande de dudes blancs combattant le viol sur des vélos neufs me paraissait un peu déplacée. Notre équipe comprenait en fait quatre Congolais instruits qui connaissent le terrain, les coutumes et les langues locales, soit le Luba et le Swahili.

Marquis et Capals, missionnaires spéciaux déployés au Katanga pour combattre le viol à vélo. 😉 Souce: Sandra Nelles

J’ignorais aussi à quel point les communautés que nous allions visiter seraient dépourvues d’infrastructures et de moyens de communication. Il s’agissait d’une première campagne de sensibilisation de la sorte pour la région du Katanga, où la nouvelle loi congolaise de 2006 est encore mal connue. Donc en général, les autorités et le personnel médical furent satisfaits de la documentation et des références que nous leur avons apporté. Lors des ateliers et débats, on nous posa beaucoup de questions sur les différents types de viols catégorisés par la loi et on nous avoua être parfois témoins de certaines pratiques sans savoir qu’elles sont illégales.

Le point faible de notre campagne si je peux le dire ainsi est que le film Fighting the Silence fut tourné au nord-est du pays et concerne le viol en contexte de guerre, pratique endémique utilisée à l’époque par différents groupes armés comme tactiques d’invasion de territoires et de contrôle des populations. Le Katanga échappa plus ou moins aux conflits et les types de violences sexuelles rencontrés dans la région concernent plus les mariages forcés et/ou précoces et les agressions sexuelles à l’intérieure du mariage. Donc le film portait parfois à confusion, comme si l’on arrivait sans connaître la situation katangaise avec le message « heil vous-autres, arrêtez de violer, c’est pas cool ».

Vous écouterez mon documentaire audio pour plus de détails. Donc le projet de Guy étant derrière moi, je peux me concentrer sur mes propres trucs. Je compte rester quelques semaines à Lubumbashi avant de retourner à Luena, où je travaillerai avec l’équipe de journalistes de la radio OKA pour des formations en vidéo. Pour l’instant, quelques photos pour vous donner un avant goût de la brousse katangaise. Je rappelle que ces photos sont l’oeuvre de la photographe Belge Sandra Nelles, je la remercie sincèrement pour me permettre de publier ces clichés.

Papa Ngoy tétrissant 10 vélos, 13 passagers et leurs bagages, une centaine de bouteilles de Cola, eau et vivres dans nos deux jeeps. Source: Sandra Nelles

Traverser le tronçon Lubumbashi-Kolwezi de la Nationale 1A est semblable à inspirer le contenu du sac de votre aspirateur en la mettant sur « reverse ». L'important trafic de camions lourds sur cette route de terre sèche garde la poussière en suspension et tourmente la vie des villageois et voyageurs. Source: Sandra Nelles

En route vers Luena, entassé pendant 20 heures à l'arrière de la jeep. Source: Sandra Nelles

Source: Sandra Nelles

Les mots me manquent pour décrire l'état des routes congolaises. Nous avons rencontrés des nid-de-poules si terribles que nous avions parfois l'impression de disparaître sous terre. Source: Sandra Nelles

Pour nous déplacer de village en village, nous avons parcouru plus de 300 kilomètres de route sablonneuse et rocheuse. Source: Sandra Nelles

Une des quatre crevaisons rencontrées en route. Source: Sandra Nelles

Il arrivait de nous faire dépasser par des locaux lourdement chargés effectuant le voyage sans aucune eau à boire sur des bicyclettes en ruine. Il est inutile de le dire, il nous firent passer pour de réelles mauviettes. Source: Sandra Nelles

Notre première projection eut lieu à la ville administrative de Bukama en compagnie des autorités locales incluant le chef coutumier, le magistrat, le chef de police, personnel militaire, membre du clergé et le plus important, des membres d'une vingtaines d'associations féminines actives dans la société civile. Source: Sandra Nelles

Femmes activistes de Bukama. Source: Sandra Nelles

Chaque projection demandait une bonne dose d'improvisation logistique. Source: Sandra Nelles

Un homme prend le micro suite à la projection du documentaire. Source: Sandra Nelles

Préparant le souper tard en soirée. Au menu: patates frites à l'huile de palme, macaronis sauce tomate et sardines. Source: Sandra Nelles